Née en République de Moldavie, où elle a développé sa passion pour la peinture, c’est en France qu’elle s’installe pour terminer ses études à la Sorbonne.

La technique principale du travail de Cezara est l’huile sur toile, mais l’artiste aime expérimenter de nouvelles techniques et supports comme le bois, le verre et le papier. Actuellement, elle vit et travaille à Bruxelles, où elle possède un atelier d’art.

Son travail artistique est lié à l’enfance, aux contes de fées et aux symboles, parfois revisités, regorgeant de couleurs pures et vibrantes se mêlant à des enfants mélancoliques perdus dans les collines de leurs villages, des dragons bienveillants protégeant les rêves d’enfants et des arbres de vie aux couleurs éclatantes.

Celle qui a été exposée à Paris, Bruxelles, Istanbul, Amsterdam, Lausanne, Dijon, Bucarest et Chisinau et dont plusieurs œuvres se trouvent dans des collections privées à travers l’Europe, nous reçoit dans son atelier en ce jour du 8 Mars pour une interview en célébration de la Journée internationale des Femmes.  

1. Depuis quand peignes-tu et en quoi consiste ton bagage artistique?

Je n’ai pas de souvenir exact de quand j’ai commencé à peindre, mais je sais que mes premiers pas et paroles ont été accompagnés de dessins et de peintures. Partant, je peux dire que je peins depuis toujours.  Je sais que ça a l’air un peu prétentieux, mais c’est la vérité.

Le cursus scolaire artistique a été long pour partie en Moldavie et pour partie en France. Les écoles d’art m’ont amenée, sans aucun doute, un bagage de connaissances et de culture. On me pose souvent la question si les parents sont intervenus dans cette décision, en fait, non. J’ai eu beaucoup de liberté pour choisir que faire de mon temps extrascolaire et l’école d’art a été une grande échappatoire pour moi. J’y étais dans mon élément. Je suis reconnaissante qu’ils n’aient pas imposé des idées vis-à-vis de mon avenir ou du sens de mes occupations. Chaque être humain est unique. Il est important de comprendre ce dont il a besoin, pour le lui offrir. J’ai eu la chance de grandir dans une famille où les tableaux, les livres et l’espace de création avaient une place primordiale sans oublier la musique et aussi les grands moments de silence. J’adore le silence avec le temps, c’est ma manière de me retrouver, retrouver mes repères.

2. Pourrais-tu me dire ce qui t’a amené à la peinture ?

La couleur pour moi, c’est la joie de vivre. J’ai un souvenir très fort à ce sujet, dans le jardin de mon arrière-grand-mère, dans un village moldave, j’ai gouté (au sens propre du terme) l’aquarelle. On m’avait acheté une boite d’aquarelles russes à base de miel, pour les enfants. Ça sentait très bon et c’était sucré. Je garde toujours ce souvenir un peu « madeleine de Proust » quand je regarde les couleurs. Je les trouve merveilleuses, pleines de goût.

Maintenant, je ne les mange plus qu’avec les yeux peut-être, mais je suis restée avec l’envie de donner  ces couleurs à « goûter » aux autres.

3. Quel a été le plus grand défi de ta vie d’artiste ?

De me voir en tant que telle. J’ai l’impression que je suis comme tout le monde : je continue de créer même quand personne, a priori, « n’a besoin de ça ». Il y a « une nécessité intérieure », comme le disaient très bien Kandinsky et Simone Hantaï. Rencontrer des gens et leur apporter une joie de vivre par mon travail, c’est la clé du bonheur. On a tous besoin les uns des autres. Mon défi, c’est de trouver l’équilibre dans la relation entre mon monde intérieur et celui de l’extérieur.

4. Quels sont tes sujets ou thèmes de cœur et comment tes peintures ont-t-elles évoluées au fil des années ?

Au fil des ans,  j’ai créé plusieurs séries de tableaux comme le : « Rêve avec le dragon », « L’arbre de la vie », « Les jardins enchantés » ou les portraits d’enfants « Ode à l’enfance ». Chaque série est porteuse d’une histoire :

  • le dragon est une métamorphose du « manque de Chagall », de son cheval rouge qui se transforme en dragon endormi qui m’a été inspirée suite à ma visite à Sighişoara.
  •  « L’arbre de la vie » a été, au tout début, un oranger, l’arbre qui m’a fascinée lors de ma première visite en Géorgie en tant qu’enfant. J’ai trouvé cet arbre incroyable. Il est devenu l’arbre des états d’âme. Chaque arbre porte une couleur symbolique : « L’arbre de l’attente » est bleu, « L’arbre de l’amour » est jaune, etc.  

Chaque série évolue dans le temps. Que cela soit pour la composition ou pour les couleurs, je reviens les revisiter avec un autre regard. J’imagine pouvoir un jour exposer sur un thème unique pour voir comment la série a changé dans le temps.

Les dernières années je me suis plutôt intéressée aux pigments et à la peinture abstraite, comme dans les séries : « Deep Blue » ou les paysages abstraits. Dans l’expression abstraite je trouve une certaine liberté, une incertitude palpitante qui me sort des sentiers battus.

5. Chaque fois quand je viens chez toi, je me sens comme au musée. Quelle est la journée d’un artiste et comment vit-on dans cette atmosphère aux couleurs bohémiennes chaque jour ?

Je pense que chaque atelier d’artiste a quelque chose de spécial, un portail vers un autre Univers, une possibilité d’être, d’ouvrir une fenêtre, une porte, un regard vers quelque chose d’autre, au-delà de notre réalité. Je passe beaucoup de temps dans mon espace, et j’ai aussi le bonheur de le retrouver quand je m’en éloigne. J’aime l’idée que ça me manque quand je suis loin et je crée d’autres espaces d’évasions possibles ailleurs. Un atelier, c’est un espace physique, l’espace temps de la création, c’est « la possibilité d’une île ». Parfois, j’ai l’impression d’emporter cette île avec moi partout où que j’aille.

Quand j’avais 7 ou 8 ans, j’ai écrit un poème haïku sur une mouche qui cherche sa place entre la feuille blanche de la machine à écrire, les murs, la fenêtre et un chocolat. Je pense que mes journées sont très proches de ça, une continuelle recherche de bien être.

6. Pour un auteur, «l’écriture est la peinture de la voix» comme disait Voltaire. Que représente la toile pour l’artiste ? Quelle est ton œuvre d’art favorite et pourquoi ?

Pour moi la peinture est une musique colorée, toujours la même et chaque fois différente. Si je pouvais choisir, je vivrais dans la sale ovale du Musée de l’Orangerie, entourée des « Nymphéas ». C’est une œuvre hors du commun, il n’y a pas de ligne d’horizon, c’est un voyage visuel infini.

7. Une pensée pour tes élèves-artistes?

J’aime leur dire souvent : « une erreur en peinture peut être très belle ! » 

Parcours d’artistes au Clos du Parnasse est un projet mise en œuvre par l’asbl EuropaNova, ayant comme partenaire média francophone l’Association des Femmes roumaines de Belgique – Demetra, et subsidié par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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